Temps de repos entre les séries: compromettez-vous la croissance musculaire de vos clients?
Pourquoi un entraînement plus difficile n’est pas nécessairement un meilleur entraînement
Si vous avez déjà travaillé comme entraîneur personnel dans un gym, vous avez probablement déjà discuté avec quelqu’un qui, de toute évidence, met beaucoup d’efforts dans son entraînement. Cette personne est régulièrement au gym, elle s’entraîne fort, mais son physique, ou même sa force, n’a pratiquement pas changé depuis des mois, parfois même des années.
Vous l’avez peut-être observée s’entraîner à quelques reprises et, soyons honnêtes, les efforts sont bien là. Elle transpire, respire fort, pousse ses séries et passe d’une machine à l’autre en prenant à peine le temps de souffler.
Alors pourquoi semble-t-elle constamment faire du surplace? A-t-elle atteint un plateau?
Peut-être…
Mais si l’explication était beaucoup plus simple que ça?
Et si cette personne en faisait trop, trop rapidement, sans simplement se donner suffisamment de temps pour récupérer entre ses séries?
C’est exactement ce que nous allons décortiquer dans cet article.
Lorsque nous prescrivons des temps de repos entre les séries à nos clients, nous ne décidons pas simplement du temps qu’ils auront pour reprendre leur souffle. Nous déterminons aussi la quantité de fatigue qu’ils transporteront dans leur prochaine série, et comment cette fatigue influencera leur capacité à performer.
Dans certains types d’entraînement, conserver un certain niveau de fatigue d’une série à l’autre est intentionnel. Mais lorsque la force ou l’hypertrophie musculaire est la priorité, une fatigue résiduelle excessive peut jouer contre nous.
Rappelez-vous : la fatigue peut masquer les capacités réelles.
Et c’est important, parce qu’une série peut sembler beaucoup plus difficile tout en produisant moins du stimulus d’entraînement que nous cherchions à créer au départ.
Bien entendu, les temps de repos courts ne sont pas nécessairement mauvais. Ils modifient simplement les exigences de l’entraînement. En tant qu’entraîneurs, nous devons comprendre à quel moment ces exigences contribuent réellement à la progression de nos clients, et à quel moment elles risquent plutôt de leur nuire.
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Pourquoi avons-nous RÉELLEMENT besoin de repos?
Chaque série exigeante génère de la fatigue. Une partie de cette fatigue est locale, c’est-à-dire qu’elle touche principalement les muscles sollicités, tandis qu’une autre partie peut affecter la performance de manière plus générale.
Au niveau musculaire, les contractions répétées nécessitent de l’ATP. Le système de la phosphocréatine permet de régénérer rapidement cet ATP, mais les réserves disponibles diminuent lors d’efforts intenses et nécessitent du temps pour se reconstituer.
Parallèlement, des modifications touchant le phosphate inorganique, l’équilibre ionique, la gestion du calcium et d’autres processus physiologiques contribuent à la diminution temporaire de la capacité des muscles à produire de la force.
Le repos joue donc un rôle important dans la régénération de l’ATP, mais aussi dans l’élimination des métabolites qui s’accumulent dans les tissus musculaires sollicités.
Il faut également considérer la demande cardiovasculaire, la fatigue des muscles stabilisateurs et les facteurs nerveux qui influencent la production de force.
Et ces différents systèmes ne récupèrent pas tous à la même vitesse.
Par exemple, la fatigue musculaire et la fatigue nerveuse ne disparaissent pas nécessairement au même rythme. Un client peut avoir l’impression d’être prêt à commencer sa prochaine série, alors que sa capacité à produire de la force, son activation musculaire volontaire ou sa coordination neuromusculaire demeurent affectées.
C’est particulièrement important lorsqu’on programme des exercices techniquement exigeants et réalisés à haute intensité.
Sur le plan cardiovasculaire, la respiration de votre client pourrait revenir à la normale après seulement 45 à 75 secondes, alors que ses quadriceps pourraient encore nécessiter une ou deux minutes supplémentaires pour reproduire une performance comparable à celle de la série précédente.
C’est pourquoi se fier uniquement à la fréquence cardiaque pour déterminer si un client est prêt à recommencer peut être trompeur. Une fréquence cardiaque plus basse ne garantit pas une récupération musculaire suffisante, tout comme une fréquence cardiaque encore élevée n’empêche pas nécessairement de réaliser une autre série productive.
La récupération entre les séries dépend de l’exercice, des muscles sollicités et des objectifs de performance recherchés pour votre client.
Des temps de repos trop courts peuvent changer ce qui limite une série
Prenons l’exemple d’un client qui effectue quatre séries exigeantes au hack squat.
Avec une récupération suffisante, sa série pourrait se terminer parce que ses quadriceps ne sont plus capables de produire assez de force pour compléter une répétition supplémentaire tout en maintenant la technique prescrite.
Si l’objectif est l’hypertrophie musculaire, c’est précisément le type de fatigue que nous cherchons à provoquer.
Maintenant, réduisons son temps de repos à 45 secondes.
Il pourrait peut-être réussir une deuxième série acceptable. Mais rendu à la troisième, il risque de respirer beaucoup plus difficilement, de perdre une partie de sa capacité à maintenir un bon gainage et de composer avec une fatigue musculaire et générale considérable.
Résultat? Il termine sa série après cinq ou six répétitions plutôt que dix.
Est-ce que ses quadriceps ont reçu un bon stimulus?
Dans l’ensemble, on pourrait probablement répondre : « Pas si mal. »
Mais vos clients vous paient-ils pour obtenir des résultats « pas si mal »?
La véritable question devient donc : « Est-ce que ce temps de repos plus court a rendu la série plus efficace pour l’hypertrophie des quadriceps? »
Et ma réponse est un « absolument pas » catégorique.
Le client a finalement interrompu sa série parce que les exigences globales de l’exercice étaient devenues trop difficiles à tolérer, avant même que ses quadriceps, soit les muscles réellement ciblés, aient été sollicités aussi efficacement qu’ils auraient pu l’être.
Cela nous amène à l’une des questions les plus utiles qu’un entraîneur puisse se poser :
Qu’est-ce qui a réellement provoqué la fin de la série?
Était-ce l’incapacité du muscle ciblé à produire suffisamment de force? Une fatigue de la prise? Un gainage insuffisant? Un inconfort cardiovasculaire? Une détérioration de la technique?
Il peut être plus facile de déterminer le facteur limitant avec les exercices d’isolation, puisqu’ils comportent généralement moins de variables et sont donc plus prévisibles.
Avec les exercices composés, plusieurs facteurs peuvent toutefois entrer en jeu simultanément.
Et lorsqu’un mouvement est programmé principalement pour provoquer une adaptation musculaire précise, il vaut la peine de se questionner si une fatigue qui ne provient pas principalement des muscles ciblés vient constamment dicter la fin des séries.
Pour vous donner un exemple concret de l’impact des temps de repos sur la performance, j’ai filmé deux séances de bench press réalisées lors de journées différentes, chacune comprenant quatre séries de travail.
Lors de la première séance, je prenais seulement 60 secondes de repos entre les séries. Lors de la deuxième, j’ai augmenté mes temps de repos à 150 secondes.
La vidéo suivante vous permet de comparer côte à côte l’évolution de ma performance au fil des quatre séries, selon les temps de repos utilisés.
Toute une différence, vous ne trouvez pas?
Avec des temps de repos de 150 secondes, j’ai complété 26 répétitions sur quatre séries, comparativement à seulement 18 répétitions avec des repos de 60 secondes.
Cependant, excluons la première série de notre comparaison. Après tout, la première série n’est pas influencée par les temps de repos prescrits, puisqu’aucune série de travail ne la précède.
Concentrons-nous plutôt sur les séries 2, 3 et 4, où la fatigue accumulée commence à jouer un rôle.
Voici ce que ça donne :
- 60 secondes de repos : 11 répétitions
- 150 secondes de repos : 18 répétitions
Ça représente environ 64 % plus de répétitions avec des temps de repos plus longs!
Et ce, sur seulement trois séries d’un seul exercice.
Si quelque chose d’aussi simple que d’accorder davantage de récupération entre les séries permet de préserver autant de performance, pourquoi s’en priver?
Que dit la recherche sur les temps de repos et l’hypertrophie?
L’une des études les plus souvent citées sur le sujet est celle de Schoenfeld et al. (2016). Les chercheurs ont comparé des temps de repos d’une et de trois minutes chez des hommes entraînés en musculation, sur une période de huit semaines.
Le groupe bénéficiant de trois minutes de repos a obtenu de meilleures améliorations de la force maximale et de l’épaisseur musculaire de la partie antérieure de la cuisse [1].
Ces résultats remettent en question la vieille croyance selon laquelle les temps de repos courts seraient préférables pour l’hypertrophie simplement parce qu’ils génèrent davantage de stress métabolique.
Mais attention : il ne faudrait pas non plus présumer que plus de repos est automatiquement synonyme de meilleurs résultats.
La question est plutôt : « Combien de temps de repos est réellement suffisant? »
Une revue systématique avec méta-analyse bayésienne publiée en 2024 par Singer et al. a examiné neuf études comprenant 19 mesures de l’hypertrophie.
Les résultats suggéraient un léger avantage lorsque les périodes de repos dépassaient 60 secondes, mais les chercheurs n’ont pas observé de bénéfice supplémentaire appréciable au-delà d’environ 90 secondes [2].
Cependant, il faut considérer certaines limites importantes. Six des neuf études portaient sur des participants non entraînés, les exercices et les protocoles variaient considérablement, et les interventions ne duraient que de 5 à 10 semaines.
L’étude directe de l’hypertrophie est également assez complexe. De nombreuses variables peuvent influencer les résultats, ce qui rend difficile l’isolement des effets d’un facteur aussi simple en apparence que la durée du repos.
Alors, pourquoi ne pas aborder la question sous un autre angle, en examinant quelque chose que nous pouvons mesurer plus facilement : la performance à l’entraînement?
Nous disposons de données relativement cohérentes montrant que des temps de repos plus courts, particulièrement ceux de 60 secondes ou moins, peuvent réduire le nombre de répétitions réalisées au fil des séries.
Lorsque la charge demeure constante, cela se traduit par une diminution du volume de charge total effectué.
Mais est-ce que cela signifie nécessairement moins de croissance musculaire?
Pas toujours.
Il existe toutefois de bonnes raisons de croire qu’une diminution répétée de la performance pourrait compromettre l’hypertrophie, particulièrement lorsqu’elle réduit la quantité de travail productif qu’un client est capable d’accumuler.
L’étude de Longo et al. (2022) nous offre un exemple intéressant.
Sur une période de dix semaines, les participants effectuant des leg presses unilatéraux avec trois minutes de repos ont obtenu une hypertrophie des quadriceps supérieure à celle du groupe ne prenant qu’une minute de repos (13,1 % contre 6,8 %).
Cependant, lorsque les chercheurs ont ajouté des séries au groupe prenant moins de repos afin d’égaliser le volume de charge, les résultats en matière d’hypertrophie sont devenus presque identiques [3].
Cela suggère que les différences de croissance musculaire pourraient être davantage liées à la quantité de travail accomplie qu’à la durée du repos en elle-même.
Et c’est une considération importante pour les entraîneurs.
Bien qu’ajouter des séries puisse compenser la perte de performance associée à des temps de repos plus courts, je considère que c’est souvent une façon inutilement compliquée de programmer un entraînement.
Pourquoi volontairement compromettre la performance, accumuler davantage de fatigue et rendre une séance plus difficile à tolérer alors qu’on pourrait simplement accorder suffisamment de repos dès le départ?
Particulièrement lorsque l’hypertrophie est l’objectif principal, je vois très peu de raisons de sacrifier la qualité de nos séries de travail simplement pour donner l’impression que l’entraînement est plus exigeant.
La sensation de brûlure n’est pas un indicateur fiable de l’hypertrophie
Abordons maintenant un autre argument qu’on entend souvent : les temps de repos courts génèrent davantage de stress métabolique, donc ils doivent forcément produire plus de croissance musculaire, non?
Pendant l’entraînement en résistance, les muscles produisent des métabolites, notamment du lactate et du phosphate inorganique, à mesure que leurs besoins énergétiques augmentent.
Des périodes de récupération plus courtes peuvent accentuer cet environnement métabolique, entraînant souvent une sensation de brûlure plus importante et une perception de l’effort plus élevée.
Mais ni la sensation de brûlure ni l’accumulation de lactate ne se sont révélées être des indicateurs fiables de l’hypertrophie musculaire.
Pour le dire simplement : ce n’est pas la brûlure qui fait grossir les muscles. Du moins, pas à elle seule.
Nous avons d’ailleurs abordé cette idée reçue plus en détail dans notre article précédent, Pourquoi plus de volume ne construit pas plus de muscle, où nous expliquons pourquoi le pump, la sensation de brûlure et l’accumulation de fatigue ne sont pas des indicateurs fiables d’un stimulus hypertrophique efficace.
Il y a une raison pour laquelle nous revenons constamment à la tension mécanique : c’est le principal facteur responsable de la croissance musculaire.
Pendant des années, le stress métabolique a été enseigné comme un autre mécanisme important de l’hypertrophie.
L’idée était que l’accumulation de métabolites, un plus gros pump et une sensation de brûlure plus intense pouvaient, d’une manière ou d’une autre, stimuler davantage la croissance musculaire.
Mais les données scientifiques n’ont tout simplement pas réussi à soutenir cette théorie.
D’ailleurs, une revue publiée en 2025 par Van Every et al. concluait que l’accumulation de métabolites et le gonflement cellulaire avaient peu ou pas d’effet indépendant significatif sur l’hypertrophie musculaire [4].
Et c’est ici que l’argument en faveur des temps de repos courts commence à perdre de sa crédibilité.
Oui, la fatigue peut influencer le recrutement des unités motrices à mesure qu’une série progresse. Mais cela ne signifie pas qu’accumuler davantage de fatigue ou de métabolites crée automatiquement un meilleur stimulus de croissance musculaire.
Si votre client s’entraîne avec une charge appropriée, contrôle ses répétitions et travaille suffisamment près de l’échec musculaire, il génère déjà du stress métabolique comme conséquence naturelle des contractions musculaires.
Alors pourquoi volontairement réduire ses temps de repos, compromettre sa performance et rendre chaque série suivante encore plus épuisante, simplement pour rechercher une sensation de brûlure plus intense?
En ce qui me concerne, le stress métabolique n’est pas quelque chose que les entraîneurs devraient chercher à maximiser lorsque l’hypertrophie est l’objectif principal.
La force et la puissance nécessitent davantage de récupération
Pour l’hypertrophie, une certaine diminution de la performance entre les séries peut être acceptable. Mais lorsqu’on cherche à développer la force maximale ou la puissance, cette diminution devient beaucoup plus problématique.
Une série lourde de trois répétitions exige une production de force élevée, une bonne précision technique et la capacité de reproduire cette performance sous une charge externe importante.
Un saut ou un lancer explosif dépend quant à lui fortement de la capacité à maintenir une vitesse de mouvement élevée.
Lorsque le temps de repos est trop court, la fatigue accumulée peut réduire la production de force et la vitesse d’exécution.
À ce moment-là, l’athlète n’est plus nécessairement en train de développer la qualité physique que nous cherchions à entraîner.
Une revue systématique publiée par Grgic et al. (2018) a révélé que, même s’il est possible de développer la force avec des temps de repos courts, des périodes de repos supérieures à deux minutes semblent avantageuses pour maximiser les gains de force chez les individus entraînés [5].
C’est pourquoi accorder trois, quatre ou même cinq minutes de repos à un athlète entre des efforts particulièrement exigeants est tout à fait raisonnable.
Ce temps n’est pas perdu s’il permet de maintenir la production de force, la vitesse d’exécution et la qualité technique que nous cherchons à développer.
Il faut également se rappeler que les séries consacrées à la force et à la puissance sont généralement beaucoup plus courtes que celles utilisées dans un entraînement axé sur l’hypertrophie.
Une série lourde de trois répétitions pourrait durer entre 10 et 20 secondes, alors qu’un saut ou un lancer explosif peut ne durer que quelques secondes.
Évidemment, cela ne compense pas nécessairement les périodes de repos plus longues, mais ça contribue tout de même à rendre la durée totale de l’entraînement plus facile à gérer.
Encore une fois, la question n’est pas de savoir à quelle vitesse l’athlète peut répéter l’exercice. C’est plutôt de déterminer s’il peut reproduire chaque effort avec le plus haut niveau de qualité possible.
Quand les temps de repos courts sont réellement pertinents
Maintenant, tout cela ne veut pas dire que nous devrions laisser chaque client se reposer cinq minutes entre ses séries de lateral raises.
Les entraînements à plus haute densité ont certainement leur place, particulièrement lorsque l’objectif est d’améliorer l’endurance musculaire locale, la capacité à répéter des efforts, la condition physique générale ou simplement l’efficacité du temps passé au gym.
La régénération répétée de l’ATP avec une récupération limitée impose des exigences importantes au renouvellement énergétique et à la capacité de travail.
Selon la structure et l’intensité du programme, les circuits de musculation orientés vers le conditionnement physique peuvent améliorer la capacité cardiorespiratoire, en plus de la force et de la composition corporelle.
Une revue systématique avec méta-analyse publiée par Ramos-Campo et al. (2021) appuie d’ailleurs ces bénéfices [6].
Il peut également y avoir des adaptations métaboliques périphériques associées à des exercices répétitifs qui demandent une importante production d’énergie.
Mais attention, n’allons pas prétendre que prendre seulement 30 secondes de repos entre des séries de biceps curls produit les mêmes adaptations mitochondriales qu’un entraînement cardiovasculaire ou par intervalles spécialement conçu à cet effet. Ce serait franchement exagéré!
Le choix des exercices, la durée des efforts, leur intensité et la charge de travail totale jouent tous un rôle important.
Les temps de repos courts permettent aussi d’économiser du temps.
Un programme de 45 minutes que votre client complète régulièrement peut avoir beaucoup plus de valeur qu’une séance théoriquement supérieure de 90 minutes qu’il termine rarement.
Personnellement, j’aime particulièrement jumeler des exercices qui ne sollicitent pas directement les mêmes groupes musculaires.
Par exemple, alterner un chest-supported row avec un leg extension permet à un groupe musculaire de récupérer pendant que l’autre travaille.
Une revue systématique avec méta-analyse publiée en 2025 a démontré que les supersets pouvaient réduire considérablement la durée des entraînements tout en préservant généralement le volume d’entraînement.
Les données disponibles à long terme suggèrent également des adaptations similaires en force et en hypertrophie comparativement aux séries traditionnelles, bien que seulement deux études aient directement examiné les résultats en matière d’hypertrophie [7].
Nous avons d’ailleurs exploré ce sujet beaucoup plus en détail dans notre article précédent, Comment les coachs devraient programmer les supersets pour améliorer l’efficacité de l’entraînement.
Nous y expliquons notamment comment le choix des exercices, les temps de repos et la gestion de la fatigue peuvent aider les entraîneurs à réduire la durée des séances sans compromettre inutilement la performance.
Comment les entraîneurs devraient-ils prescrire les temps de repos entre les séries?
Plutôt que de prescrire systématiquement 60 ou 90 secondes de repos pour chaque exercice, commencez par considérer les exigences du mouvement et l’objectif de la séance.
Pour la majorité des clients dont l’objectif principal est l’hypertrophie, voici quelques points de départ raisonnables. Ce ne sont pas des règles absolues.
- Exercices composés lourds : Environ 2 à 4 minutes, ou davantage lorsque nécessaire pour maintenir la performance et la technique.
- Exercices modérément exigeants sur machines ou avec des poids libres : Généralement de 90 secondes à 3 minutes.
- Exercices d’isolation ciblant de plus petits groupes musculaires : Généralement de 60 à 120 secondes, à condition que la performance ne se détériore pas de façon importante.
- Travail de force et de puissance : Généralement de 3 à 5 minutes, parfois davantage selon l’intensité et le niveau de performance recherché.
C’est à partir de là que le véritable travail de coaching commence.
Observez la première série de travail, puis comparez-la à la deuxième et à la troisième.
Votre client perd-il une ou deux répétitions à mesure que la fatigue s’accumule, ou sa performance s’effondre-t-elle complètement?
Sa technique demeure-t-elle stable?
Est-il encore capable de produire suffisamment de force sur toute l’amplitude de mouvement recherchée?
Est-ce qu’il interrompt sa série parce que le muscle ciblé approche de l’échec, ou parce que tout ce qui entoure ce muscle est complètement épuisé?
Un bon entraîneur sait lire le niveau d’énergie de son client, reconnaître lorsqu’un ajustement est nécessaire et adapter son plan sur le moment afin de tirer le maximum de chaque séance.
Prenons deux clients qui effectuent exactement le même exercice.
Le premier pourrait être parfaitement prêt à réaliser une autre série de qualité après 90 secondes de repos.
Le deuxième pourrait avoir besoin de trois minutes.
Leur expérience d’entraînement, leur condition cardiovasculaire, leur masse musculaire, leur force absolue, leur proximité de l’échec et leur niveau de fatigue accumulée peuvent tous influencer cette décision.
Autrement dit, le chronomètre vous fournit de l’information. Mais ce n’est pas lui qui devrait prendre les décisions de programmation à votre place.
Ce que les entraîneurs doivent retenir : le rapport stimulus-fatigue
Voici la perspective que j’aimerais que les entraîneurs retiennent de cet article.
Nous passons beaucoup de temps à suivre les séries, les répétitions, les charges et les RIR (répétitions en réserve).
Pourtant, nous accordons souvent trop peu d’attention au coût en fatigue nécessaire pour produire ces séries.
Supposons que votre client effectue une première série de leg press de dix répétitions contrôlées, avec deux RIR.
Après une minute de repos, il ne réussit que sept répétitions avec la même charge, et sa technique se détériore visiblement.
Après une autre minute de repos, il n’en complète plus que cinq.
On pourrait certainement qualifier cet entraînement d’extrêmement exigeant.
Mais si l’objectif principal est l’hypertrophie, imaginez ce qui pourrait se produire si vous prolongiez légèrement le temps de repos afin de préserver davantage de travail de qualité, sans augmenter inutilement la fatigue générale.
C’est exactement l’idée derrière l’évaluation du rapport stimulus-fatigue.
Ne voyez pas ce concept comme une mesure de laboratoire qu’on pourrait calculer précisément pour chaque série.
Il s’agit plutôt d’un cadre de réflexion qui aide les entraîneurs à déterminer si la fatigue générée est justifiée par l’adaptation recherchée.
Et pour bien l’appliquer, il faut être suffisamment attentif pour reconnaître ce dont votre client a besoin à un moment précis.
Ne restez pas coincé sur le fait que votre programme indique exactement 90 secondes de repos.
Si votre client a clairement besoin de 120 secondes pour maintenir la qualité de sa prochaine série, accordez-lui 120 secondes.
C’est aussi simple que ça.
Et parfois, la bonne solution n’est même pas d’augmenter le temps de repos.
Il peut s’agir de choisir un exercice offrant un meilleur soutien, de réduire la proximité de l’échec, de modifier l’ordre des exercices ou de jumeler certains mouvements de manière plus intelligente.
Un bon entraîneur ne se demande pas seulement à quel point son client a travaillé fort. Il cherche à comprendre si sa performance a été limitée par les bons facteurs.
Conclusion
Les temps de repos entre les séries sont une variable de programmation que plusieurs entraîneurs considèrent comme un simple détail, alors qu’en réalité, ils dictent une bonne partie du déroulement de l’entraînement.
Des temps de repos plus longs peuvent aider à préserver les charges utilisées, le nombre de répétitions, la production de force et la qualité technique.
Des temps de repos plus courts peuvent améliorer la densité de l’entraînement, augmenter les exigences cardiovasculaires et rendre les séances plus efficaces en matière de temps.
Les deux approches ont leur place.
Avant de raccourcir les périodes de repos, assurez-vous de bien comprendre ce que vous cherchez à accomplir.
Si vous entraînez un client dans le but de développer sa masse musculaire, vous voulez que la fatigue provienne principalement d’un travail musculaire suffisamment exigeant, et non simplement du fait qu’il passe trop rapidement d’un exercice à l’autre.
En revanche, si votre objectif est de développer sa capacité à répéter des efforts ou d’améliorer sa condition physique, cette récupération incomplète pourrait être exactement ce que vous recherchez.
La distinction peut sembler simple.
Mais c’est une distinction qui change complètement la façon dont vous évaluez un entraînement.
Références
- Schoenfeld BJ, et al. (2016). Longer Interset Rest Periods Enhance Muscle Strength and Hypertrophy in Resistance-Trained Men. Journal of Strength and Conditioning Research. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/26605807/
- Singer A, et al. (2024). Give it a Rest: A Systematic Review With Bayesian Meta-Analysis on the Effect of Inter-Set Rest Interval Duration on Muscle Hypertrophy. Frontiers in Sports and Active Living. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11349676/
- Longo AR, et al. (2022). Volume Load Rather Than Resting Interval Influences Muscle Hypertrophy During High-Intensity Resistance Training. Journal of Strength and Conditioning Research. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/35622106/
- Van Every DW, et al. (2025, publication en ligne). Load-Induced Human Skeletal Muscle Hypertrophy: Mechanisms, Myths, and Misconceptions. Journal of Sport and Health Science. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/41276164/
- Grgic J, et al. (2018). Effects of Rest Interval Duration in Resistance Training on Measures of Muscular Strength: A Systematic Review. Sports Medicine. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/28933024/
- Ramos-Campo DJ, et al. (2021). Effects of Resistance Circuit-Based Training on Body Composition, Strength and Cardiorespiratory Fitness: A Systematic Review and Meta-Analysis. Biology. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/33924785/
- Zhang X, et al. (2025). Superset Versus Traditional Resistance Training Prescriptions: A Systematic Review and Meta-Analysis. Sports Medicine. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/39903375/

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